Si tu subis l'affront à cause de moi - Magdalena Kožená, Johannes Brahms - Marcel Proust : Mais le ressentiment de l'affront, les douleurs de l'abandon auraient alors été les terres que nous n'aurions jamais connues, et dont la découverte, si pénible qu'elle soit à l'homme, devient précieuse pour l'artiste
« Si tu subis l'affront à cause de moi »
Chant : Magdalena Kožená (mezzo-soprano)
Piano : Yefim Bronfman
Johannes Brahms: Von ewiger Liebe
Marcel Proust, 464. Sans doute, quand un insolent nous insulte, nous aurions mieux aimé qu'il nous louât, et surtout quand une femme que nous adorons nous trahit, que ne donnerions-nous pas pour qu'il en fût autrement ! Mais le ressentiment de l'affront, les douleurs de l'abandon auraient alors été les terres que nous n'aurions jamais connues, et dont la découverte, si pénible qu'elle soit à l'homme, devient précieuse pour l'artiste. Aussi les méchants et les ingrats, malgré lui, malgré eux, figurent dans son oeuvre. Le pamphlétaire associe involontairement à sa gloire la canaille qu'il a flétrie. On peut reconnaître dans toute oeuvre d'art ceux que l'artiste a le plus haïs et, hélas, même celles qu'il a le plus aimées. Elles-mêmes n'ont fait que poser pour l'écrivain dans le moment même où bien contre son gré elles le faisaient le plus souffrir. Quand j'aimais Albertine, je m'étais bien rendu compte qu'elle ne m'aimait pas, et j'avais été obligé de me résigner à ce qu'elle me fit seulement connaître ce que c'est qu'éprouver de la souffrance, de l'amour, et même, au commencement, du bonheur.
Johannes Brahms, 4 Gesänge, Op. 43: No. 1, Von ewiger Liebe
D'amour éternel
Sombre, si sombre dans la forêt et les champs !
Le soir déjà tombe, le monde se tait.
Nulle part une lumière, nulle part une fumée,
Oui, même l'alouette se tait désormais.
Du village s'avance le garçon,
Il raccompagne sa bien-aimée chez elle,
La conduit le long des saules touffus,
Parle beaucoup, de mille choses :
« Si tu subis l'affront, si tu t'attristes,
Si l'on t'humilie à cause de moi,
Alors que l'amour se défasse bien vite,
Aussi vite qu'il nous unit jadis.
Qu'il s'en aille avec la pluie, qu'il s'en aille avec le vent,
Aussi vite qu'il nous unit jadis. »
La jeune fille répond, la jeune fille dit :
« Notre amour, rien ne le sépare !
Le fer est fort, l'acier plus encore,
Mais notre amour est plus fort encore.
Le fer et l'acier, on peut les forger,
Notre amour, qui le changerait ?
Le fer et l'acier peuvent se dissoudre,
Notre amour doit durer toujours. »
Texte original allemand
August Heinrich Hoffmann von Fallersleben (1798 - 1874)
Dunkel, wie dunkel in Wald und in Feld!
Abend schon ist es, nun schweiget die Welt.
Nirgend noch Licht und nirgend noch Rauch,
Ja, und die Lerche sie schweiget nun auch.
Kommt aus dem Dorfe der Bursche heraus,
Gibt das Geleit der Geliebten nach Haus,
Führt sie am Weidengebüsche vorbei,
Redet so viel und so mancherlei:
"Leidest du Schmach und betrübest du dich,
Leidest du Schmach von andern um mich,
Werde die Liebe getrennt so geschwind,
Schnell, wie wir früher vereiniget sind.
Scheide mit Regen und scheide mit Wind,
Schnell wie wir früher vereiniget sind."
Spricht das Mägdelein, Mägdelein spricht:
"Unsere Liebe sie trennet sich nicht!
Fest ist der Stahl und das Eisen gar sehr,
Unsere Liebe ist fester noch mehr.
Eisen und Stahl, man schmiedet sie um,
Unsere Liebe, wer wandelt sie um?
Eisen und Stahl, sie können zergehn,
Unsere Liebe muß ewig bestehn!"