Anthologie Marcel Proust
"Et c'est pourquoi il convient de lire les écrivains classiques dans le texte et non de se contenter de morceaux choisis". - Marcel Proust, Sur la lecture
Ordre narratif
- Marcel Proust - Ainsi les hommes peuvent avoir plusieurs sortes de plaisirs. Le véritable est celui pour lequel ils quittent l'autre
- Marcel Proust - Contre Sainte-Beuve - Les choses sont moins belles que le rêve que nous avons d'elles, mais plus particulières que la notion abstraite qu'on en a
- Marcel Proust - Contre Sainte-Beuve - tous les grands écrivains se rejoignent par certains points, et sont comme les différents moments, contradictoires parfois, d'un seul homme de génie qui vivrait autant que l'humanité
- Marcel Proust - Felix culpa : la nature invente au besoin des névroses protectrices, pour que le don nécessaire ne soit pas laissé en friche
- Marcel Proust - Il ne faut jamais avoir peur d'aller trop loin car la vérité est au-delà. La mauvaise littérature rapetisse. Mais la vraie fait connaître la part encore inconnue de l'âme
- Marcel Proust - Je ne donne nullement ma sympathie à des écrivains préoccupés d'une originalité de forme. On doit être préoccupé uniquement de l'impression ou de l'idée à traduire
- Marcel Proust - Je ne suis pas, en principe, très partisan de l'Art allant au-devant des commodités de celui qui l'aime, plutôt que d'exiger qu'on aille à lui
- Marcel Proust - La Confession d'une jeune fille | L'absence n'est-elle pas pour qui aime la plus certaine, la plus efficace, la plus vivace, la plus indestructible, la plus fidèle des présences ?
- Marcel Proust - La fin de la jalousie | Et c'était là la fin de sa jalousie
- Marcel Proust - La fin de la jalousie | Mais tout d'un coup, quand il les eut toutes près de lui, ces cartes, le monceau lui apparut une toute petite chose, ridiculement petite
- Marcel Proust - La fin de la jalousie | il y a entre ton cou et ma bouche, entre tes oreilles et mes moustaches, entre tes mains et mes mains des petites amitiés particulières
- Marcel Proust - Sur la lecture - La lecture est au seuil de la vie spirituelle ; elle peut nous y introduire : elle ne la constitue pas
- Marcel Proust - Sur la lecture - Pour moi, je ne me sens vivre et penser que dans une chambre où tout est la création et le langage de vies profondément différentes de la mienne
- Marcel Proust - Sur la lecture - Si le goût des livres croît avec l'intelligence, ses dangers diminuent avec elle. Un esprit original sait subordonner la lecture à son activité personnelle
- Marcel Proust - Sur la lecture - devant moi, inséré dans l'heure présente, un peu du passé, cette impression de rêve qu'on ressent à Venise sur la Piazetta | du Passé familièrement surgi au milieu du présent
- Marcel Proust - Sur la lecture - il convient de lire les écrivains classiques dans le texte et non de se contenter de morceaux choisis
- Marcel Proust - Sur la lecture - la lecture, au rebours de la conversation, consistant à recevoir communication d'une autre pensée, mais en continuant à jouir de la puissance intellectuelle qu'on a dans la solitude
- Marcel Proust - Sur la lecture | Ces êtres à qui on avait donné plus de son attention et de sa tendresse qu'aux gens de la vie, on ne les verrait plus jamais
- Marcel Proust - Tolstoï dieu serein | chez Tolstoï tout est naturellement plus grand | Cette oeuvre n'est pas d'observation mais de construction intellectuelle
- Marcel Proust - Violante | Contemplant cette mer qui l'enlevait à elle et lui donnait, dans l'imagination de la jeune fille, un peu de son grand charme mystérieux et triste, charme des choses qui ne sont pas à nous
- Marcel Proust - Violante | D'objet d'art elle devint objet de luxe par cette naturelle inclinaison des choses d'ici-bas à descendre au pire quand un noble effort ne maintient pas leur centre de gravité comme au-dessus d'elles-mêmes
- Marcel Proust - Violante | Elle ne connaissait pas encore l'amour. Peu de temps après, elle en souffrit, qui est la seule manière dont on apprenne à le connaître
- Marcel Proust - Violante | Je suis sûre que, vous lui plairez. Elle aime beaucoup les jolies femmes. Violante eut à partir de ce jour deux mortelles ennemies
- Marcel Proust - Violante | Les besoins profonds d'imaginer, de créer, de vivre seule et par la pensée, et aussi de se dévouer, n'étaient plus assez impérieux pour la faire changer de vie | L'habitude
- Marcel Proust - la chose la plus belle de L'Education sentimentale, ce n'est pas une phrase, mais un blanc | A propos du « style » de Flaubert
- Proust 001 - Un homme qui dort, tient en cercle autour de lui le fil des heures, l'ordre des années et des mondes | j'avais revu tantôt l'une, tantôt l'autre, des chambres que j'avais habitées dans ma vie
- Proust 001 - 173 - la fille de mon rêve | la retrouver, comme ceux qui partent en voyage pour voir de leurs yeux une cité désirée et s'imaginent qu'on peut goûter dans une réalité le charme du songe
- Proust 001 - 002 - L'habitude ! aménageuse habile mais bien lente | L'influence anesthésiante de l'habitude ayant cessé, je me mettais à penser, à sentir, choses si tristes
- Proust 001 - Ouverture. Longtemps, je me suis couché de bonne heure
- Proust 002 - déjà homme par la lâcheté, je faisais ce que nous faisons tous, quand il y a devant nous des souffrances et des injustices : je ne voulais pas les voir
- Proust 002 - un sourire où, contrairement à ce qu'on voit dans le visage de beaucoup d'humains, il n'y avait d'ironie que pour elle-même
- Proust 004 - les bourgeois d'alors se faisaient de la société une idée un peu hindoue et la considéraient comme composée de castes fermées
- Proust 005 - 433 - les Pensées de Pascal
- Proust 007 - c'est seulement parce que la vie se tait maintenant davantage autour de moi que je les entends de nouveau
- Proust 007 - Il n'y a pas de réponse
- Proust 008 - quand elle lisait... elle insufflait à cette prose si commune une sorte de vie sentimentale et continue
- Proust 008 - Nostalgie
- Proust 008 - 455 - Nostalgie
- Proust 009 - la petite madeleine | le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul | tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé
- Proust 010 - ces rues de Combray existent dans une partie de ma mémoire si reculée, que pouvoir encore traverser la rue Saint-Hilaire serait une entrée en contact avec l'Au-delà
- Proust 011 - C'étaient de ces chambres de province qui nous enchantent des mille odeurs qu'y dégagent les vertus, la sagesse, les habitudes, toute une vie secrète, invisible, surabondante et morale
- Proust 014 - L'abside de l'église de Combray : « L'Église ! »
- Proust 016 - mon oncle Adolphe, un frère de mon grand-père | actrices et cocottes | Éperdu d'amour pour la dame en rose
- Proust 019 - 112 - l'ingéniosité du premier romancier | supprimer les personnages réels serait un perfectionnement
- Proust 021 - C'est sur un ton sarcastique qu'il m'avait demandé de l'appeler « cher maître ». Mais nous prenions un certain plaisir à ce jeu, étant encore rapprochés de l'âge où on croit qu'on crée ce qu'on nomme
- Proust 025 - Le retour de ce samedi asymétrique était un de ces petits événements intérieurs, qui, dans les sociétés fermées, créent une sorte de lien national
- Proust 026 - une vieille dame voyait les occupations les plus insignifiantes de sa journée prendre un peu de l'intérêt de ce que Saint-Simon appelait la mécanique de la vie à Versailles
- Proust 030 - 433 - le côté de Méséglise et le côté de Guermantes, gisements profonds de mon sol mental | parce que je croyais aux choses, aux êtres, tandis que je les parcourais
- Proust 031 - la vue d'un seul coquelicot hissant au bout de son cordage et faisant cingler au vent sa flamme rouge, au-dessus de sa bouée graisseuse et noire, me faisait battre le coeur
- Proust 032 - Balzac / Henry James / Proust : des yeux noirs tant ils étaient bleus | Tolstoï : Ses yeux gris et brillants, qui semblaient noirs à cause des sourcils très épais
- Proust 033 - Tante Léonie | Ce qui avait commencé pour elle c'est ce grand renoncement de la vieillesse qui se prépare à la mort, s'enveloppe dans sa chrysalide
- Proust 033 - adieu aux aubépines
- Proust 034 - Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances, ils n'ont pas fait naître celles-ci, ils ne les détruisent pas
- Proust 035 - Devant nous, dans le lointain, terre promise ou maudite, Roussainville, dans les murs duquel je n'ai jamais pénétré
- Proust 035 - 284 - ces mots français que nous sommes si fiers de prononcer exactement ne sont eux-mêmes que des « cuirs » faits par des bouches gauloises qui prononçaient de travers le latin ou le saxon
- Proust 036 - en ce temps-là tout ce qui n'était pas moi, la terre et les êtres, me paraissait plus précieux | Et la terre et les êtres je ne les séparais pas | désir d'une paysanne de Méséglise, d'une pêcheuse de Balbec
- Proust 036 - les mêmes émotions ne se produisent pas simultanément, dans un ordre préétabli, chez tous les hommes
- Proust 036 - 397 - L'homme est l'être qui ne peut sortir de soi, qui ne connaît les autres qu'en soi, et, en disant le contraire, ment | cette porte de communication que l'amour avait pratiquée en moi
- Proust 036 - j'appris que les mêmes émotions ne se produisent pas simultanément, dans un ordre préétabli, chez tous les hommes
- Proust 037 - Ce n'est pas le mal qui lui donnait l'idée du plaisir, qui lui semblait agréable ; c'est le plaisir qui lui semblait malin
- Proust 037 - Une sadique comme elle est l'artiste du mal, ce qu'une créature entièrement mauvaise ne pourrait être car le mal ne lui serait pas extérieur
- Proust 037 - 424 - scène à Montjouvain | sadisme | souvenir de Mlle Vinteuil à Montjouvain | Albertine amie de Mlle Vinteuil et de son amie, pratiquante professionnelle du saphisme
- Proust 037 - 372 - M. Vinteuil | son oeuvre des dernières années | indéchiffrables notations | déchiffrées par l'amie de Mlle Vinteuil | passant des années à débrouiller le grimoire laissé par Vinteuil | une gloire immortelle et compensatrice
- Proust 039 - 433 - les sources de la Vivonne
- Proust 042 - avide de bonheur, ne demander rien d'autre à la vie que de se composer toujours d'une suite d'heureux après-midi | zone de tristesse sur le chemin du retour
- Proust 042 - c'est au côté de Méséglise que je dois de rester seul en extase à respirer, à travers le bruit de la pluie qui tombe, l'odeur d'invisibles et persistants lilas
- Proust 042 - c'est du côté de Guermantes que j'ai appris à distinguer ces états qui se succèdent en moi, pendant certaines périodes
- Proust 045 - Les trois quarts des frais d'esprit et des mensonges de vanité qui ont été prodigués depuis que le monde existe par des gens qu'ils ne faisaient que diminuer, l'ont été pour des inférieurs
- Proust 045 - Swann, lui, ne cherchait pas à trouver jolies les femmes avec qui il passait son temps, mais à passer son temps avec les femmes qu'il avait d'abord trouvées jolies
- Proust 045 - cette catégorie d'hommes intelligents qui ont vécu dans l'oisiveté et qui cherchent une consolation dans l'idée que la « Vie » contient des situations plus romanesques que tous les romans
- Proust 045 - soit méfiance, soit par le sentiment inconsciemment diabolique qui nous pousse à n'offrir une chose qu'aux gens qui n'en ont pas envie
- Proust 045 - il retrouvait du charme à cette vie mondaine sur laquelle il s'était blasé, mais dont la matière lui semblait précieuse et belle depuis qu'il y avait incorporé un nouvel amour
- Proust 046 - à l'âge déjà un peu désabusé dont approchait Swann et où l'on sait se contenter d'être amoureux pour le plaisir de l'être sans trop exiger de réciprocité
- Proust 048 - 460 - la sonate de Vinteuil | La petite phrase continuait à s'associer pour Swann à l'amour qu'il avait pour Odette
- Proust 048 - Il avait en effet sur les hommes même intelligents qui ne sont jamais allés dans le monde, une des supériorités de ceux qui y ont un peu vécu, qui est de ne plus le transfigurer
- Proust 052 - cette grande écriture dans laquelle une affectation de raideur britannique imposait une apparence de discipline à des caractères informes qui eussent signifié peut-être pour des yeux moins prévenus le désordre
- Proust 052 - Ce thé en effet avait paru à Swann quelque chose de précieux | l'amour a tellement besoin de se trouver une justification, une garantie de durée
- Proust 053 - il pensait à son Botticelli à lui qu'il trouvait plus beau encore et, approchant de lui la photographie de Zéphora, il croyait serrer Odette contre son coeur
- Proust 054 - j'aime Odette de tout mon coeur, mais pour lui faire des théories d'esthétique, il faut tout de même être un fameux jobard
- Proust 055 - Swann frôlait anxieusement tous ces corps obscurs comme si parmi les fantômes des morts, dans le royaume sombre, il eût cherché Eurydice
- Proust 055 - de tous les agents de dissémination du mal sacré, il est bien l'un des plus efficaces, ce grand souffle d'agitation qui parfois passe sur nous
- Proust 055 - il avait dans l'âme le manque de souplesse que certains êtres ont dans le corps
- Proust 056 - faire catleya - cette manière particulière de dire faire l'amour - l'acte de la possession physique - où d'ailleurs l'on ne possède rien
- Proust 057 - cette autre figure claire et légèrement rosée comme celle de la lune, qui, un jour, avait surgi devant sa pensée et, depuis, projetait sur le monde la lumière mystérieuse
- Proust 058 - une femme entretenue | Il se disait qu'il n'y a souvent qu'à prendre le contre-pied des réputations que fait le monde pour juger exactement une personne, quand, à un tel caractère, il opposait celui d'Odette
- Proust 058 - Ce simple croquis bouleversait Swann parce qu'il lui faisait tout d'un coup apercevoir qu'Odette avait une vie qui n'était pas tout entière à lui
- Proust 058 - craignant que, désillusionnée de l'art, elle ne le fût en même temps de l'amour
- Proust 059 - elle avait soif de chic, mais ne s'en faisait pas la même idée que les gens du monde | le respect humain de la bourgeoise l'emportant encore chez elle sur le dilettantisme de la cocotte
- Proust 061 - Immonde !
- Proust 064 - Il y a des auteurs originaux dont la moindre hardiesse révolte parce qu'ils n'ont pas d'abord flatté les goûts du public et ne lui ont pas servi les lieux communs
- Proust 067 - Swann arrivait à un âge dont la philosophie n'est déjà plus celle de la jeunesse, mais une philosophie positive, presque médicale
- Proust 070 - 395 - il se plongeait dans le plus enivrant des romans d'amour, l'indicateur des chemins de fer
- Proust 071 - de tels moments où elle oubliait jusqu'à l'existence de Swann étaient plus utiles à Odette, servaient mieux à lui attacher Swann, que toute sa coquetterie
- Proust 072 - un calme, une paix qui n'auraient pas été pour son amour une atmosphère favorable. Quand Odette cesserait d'être pour lui une créature toujours absente, regrettée, imaginaire
- Proust 073 - elle ne reconstituait pas les diverses phases de ces crises qu'il traversait et, dans l'idée qu'elle s'en faisait, elle omettait d'en comprendre le mécanisme
- Proust 075 - son amour s'étendait bien au-delà des régions du désir physique | son amour n'était plus opérable
- Proust 077 - Comme il eût volontiers élu domicile à jamais au cinquième étage de telle maison sordide et enviée où Odette ne l'emmenait pas
- Proust 077 - je deviens névropathe | peut-être une tumeur mortelle | il n'allait plus avoir à s'occuper de rien, c'était la maladie qui allait le gouverner, faire de lui son jouet
- Proust 084 - Swann aperçut, immobile en face de ce bonheur revécu, un malheureux qui lui fit pitié. C'était lui-même
- Proust 087 - On ne connaît pas son bonheur. On n'est jamais aussi malheureux qu'on croit | on ne connaît pas son malheur, on n'est jamais si heureux qu'on croit
- Proust 088 - une lettre anonyme, qui lui disait qu'Odette avait été la maîtresse d'innombrables hommes, de femmes, et qu'elle fréquentait les maisons de passe | après n'avoir pu soupçonner personne, il lui fallut soupçonner tout le monde
- Proust 089 - 387 - Odette - Charles Swann / Albertine - Marcel | peut-être deux ou trois fois / quatre ou cinq fois, peut-être un peu plus | Chose étrange que ces mots puissent ainsi déchirer le coeur
- Proust 090 - Swann avait envisagé toutes les possibilités. La réalité est donc quelque chose qui n'a aucun rapport avec les possibilités
- Proust 095 - j'ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n'était pas mon genre
- Proust 096 - beautés des paysages ou du grand art. Je n'étais avide de connaître que ce que je croyais plus vrai que moi-même | Balbec réel / rêvé | nord de l'Italie
- Proust 096 - la nature immémoriale, restée contemporaine des grands phénomènes géologiques | je contemplais le flot immémorial qui déroulait déjà sa même vie mystérieuse avant l'apparition de l'espèce humaine | la plaintive aïeule de la terre
- Proust 097 - c'est ce qui me rappelait la réalité de ces images, qui enflammait le plus mon désir, parce que c'était comme une promesse qu'il serait contenté
- Proust 099 - à l'époque où j'aimais Gilberte, je croyais encore que l'Amour existait réellement en dehors de nous
- Proust 099 - tout se passait comme si elle et la fillette qui était l'objet de mes rêves avaient été deux êtres différents
- Proust 100 - dans l'ombre de moi-même une ouvrière inconnue ne laissait pas au rebut les fils arrachés et les disposait
- Proust 102 - 103 - le souvenir d'une certaine image n'est que le regret d'un certain instant ; et les maisons, les routes, les avenues, sont fugitives, hélas, comme les années
- Proust 102 - 457 - fièvre des feuilles mortes qui peut aller jusqu'à empêcher de dormir | l'île du bois de Boulogne | feuilles mortes de Saint-Cloud | Mme Swann, Gilberte, Mme de Guermantes, Albertine, Mme de Stermaria
- Proust 104 - les « quoique » sont toujours des « parce que » méconnus
- Proust 104 - l'idée qu'on s'est faite longtemps d'une personne bouche les yeux et les oreilles | le phénomène appelé sursaturation
- Proust 104 - nos vertus elles-mêmes ne sont pas quelque chose de libre, de flottant, de quoi nous gardions la disponibilité permanente
- Proust 104 - la nature que nous faisons paraître dans la seconde partie de notre vie ... est quelquefois une nature inverse, un véritable vêtement retourné
- Proust 111 - c'est le moment où un homme sain d'esprit qui cause avec un fou ne s'est pas encore aperçu que c'est un fou
- Proust 112 - mon père venait tout d'un coup de me faire apparaître à moi-même dans le Temps | comme ces personnages de roman qui à cause de cela me jetaient dans une telle tristesse
- Proust 113 - 1er janvier
- Proust 116 - J'admirais l'impuissance de l'esprit à opérer la moindre conversion, à résoudre une seule de ces difficultés qu'ensuite la vie dénoue si aisément
- Proust 116 - Car ce n'était pas la beauté intrinsèque des choses qui me rendait miraculeux d'être dans le cabinet de Swann, c'était l'adhérence à ces choses
- Proust 117 - la fameuse "Albertine". Elle sera sûrement très "fast", mais en attendant elle a une drôle de touche
- Proust 117 - 487 - Albertine : Première mention / Premières paroles / Première présentation / c'était avec elle que j'aurais mon roman / Premier baiser / Mort d'Albertine / Dernière mention dans A la recherche du temps perdu
- Proust 119 - 265 - L'affaire Dreyfus dans A la recherche du temps perdu - I
- Proust 121 - Ce temps du reste qu'il faut à un individu - comme il me le fallut à moi à l'égard de cette sonate - pour pénétrer une oeuvre un peu profonde
- Proust 121 - 257 - ces grands chefs-d'oeuvre ne commencent pas par nous donner ce qu'ils ont de meilleur | Ce temps du reste qu'il faut pour pénétrer une oeuvre un peu profonde
- Proust 121 - 387 - la vraie beauté est si particulière, si nouvelle, qu'on ne la reconnaît pas pour la beauté
- Proust 124 - La vraie variété est dans cette plénitude d'éléments réels et inattendus, dans le rameau chargé de fleurs bleues qui s'élance contre toute attente
- Proust 125 - ce n'est pas le plus spirituel, le plus instruit, le mieux relationné des hommes, mais celui qui sait devenir miroir et peut refléter ainsi sa vie, fût-elle médiocre, qui devient un Bergotte
- Proust 129 - 130 - maison de passe | Rachel quand du Seigneur | Une fois je faillis me décider, mais elle était « sous presse »
- Proust 131 - À ces moments-là notre vie est divisée, et comme distribuée dans une balance, en deux plateaux opposés où elle tient tout entière
- Proust 132 - le ton d'indifférence qu'on affecte seulement envers celle qu'on aime
- Proust 132 - 389 - Pour les femmes qui ne nous aiment pas | tout le secret de la variation de la conduite des femmes qui ne nous aiment pas
- Proust 132 - Nous sommes tous obligés pour rendre la réalité supportable d'entretenir en nous quelques petites folies | cette âme humaine dont une des lois est l'intermittence
- Proust 133 - 358 - rose congélation de soleil et de froid
- Proust 137 - 433 - Esquisse - C'était Léa habillée en homme. Ainsi certaines personnes se retrouvent toujours dans notre vie pour préparer nos plaisirs et nos douleurs
- Proust 137 - On refuse dédaigneusement, à cause de ce qu'on aime et qui vous sera un jour si égal, de voir ce qui vous est égal aujourd'hui, qu'on aimera demain
- Proust 138 - Mme Swann se promenait dans l'avenue du Bois comme dans l'allée d'un jardin à elle
- Proust 138 - La possession d'un peu plus de la femme que nous aimons ne ferait que nous rendre plus nécessaire ce que nous ne possédons pas
- Proust 140 - nous menait d'un nom à un autre nom
- Proust 140 - la dernière réserve du passé, la meilleure, celle qui, quand toutes nos larmes semblent taries, sait nous faire pleurer encore
- Proust 140 - notre vie étant si peu chronologique, interférant tant d'anachronismes dans la suite des jours | effets de l'Habitude contradictoires, elle obéit à des lois multiples
- Proust 140 - ceux qui aiment et ceux qui ont du plaisir ne sont pas les mêmes
- Proust 141 - Le monde immense des idées n'existait pas pour elle
- Proust 143 - Je ressentis devant elle ce désir de vivre qui renaît en nous chaque fois que nous prenons de nouveau conscience de la beauté et du bonheur
- Proust 145 - Ils donnaient à cette chambre si haute un caractère quasi historique qui eût pu la rendre appropriée à l'assassinat du duc de Guise, - mais nullement à mon sommeil
- Proust 146 - la mer nue
- Proust 146 - 397 - la longue résistance désespérée et quotidienne à la mort fragmentaire et successive telle qu'elle s'insère dans toute la durée de notre vie | l'oubli
- Proust 146 - Je n'étais pas encore assez âgé et j'étais resté trop sensible pour avoir renoncé au désir de plaire aux êtres et de les posséder
- Proust 146 - Mlle de Stermaria. La tige héréditaire donnait à ce teint composé de sucs choisis la saveur d'un fruit exotique ou d'un cru célèbre
- Proust 146 - 164 - grande question sociale, de savoir si la paroi de verre protégera toujours le festin des bêtes merveilleuses et si les gens obscurs ne viendront pas les cueillir dans leur aquarium et les manger
- Proust 146 - 476 - Mlle de Stermaria | Mlle ou plutôt Mme de Stermaria, car elle avait divorcé après trois mois de mariage | Vicomtesse Alix de Stermaria
- Proust 151 - ces rencontres où les charmes de la passante sont généralement en relation directe avec la rapidité du passage
- Proust 152 - Hudimesnil. Les trois arbres. Ce que tu n'apprends pas de nous aujourd'hui, tu ne le sauras jamais
- Proust 152 - un regard dédaigneux de ce qui l'entourait | cet être intérieur de la belle pêcheuse semblait m'être clos encore
- Proust 156 - 375 - incapable de rancune | ne jamais condamner personne | j'avais en moi un peu de ma grand-mère et me plaisais à la diversité des hommes sans rien attendre d'eux ou leur en vouloir
- Proust 157 - Ainsi s'apparentait et de tout près aux Guermantes, cette Mme de Villeparisis, restée si longtemps pour moi la dame qui m'avait donné une boîte de chocolat tenue par un canard
- Proust 162 - ce qu'il y avait dans ses yeux / les yeux d'une fille que nous ne connaissons pas
- Proust 162 - l'amour - par conséquent la crainte - de la foule étant un des plus puissants mobiles | Chez le solitaire la claustration même absolue et durant jusqu'à la fin de la vie a souvent pour principe un amour déréglé de la foule
- Proust 162 - 344 - la terrible sauteuse de Balbec | l'impitoyable | un regard dur, rusé | Ah ! c'est tout ?
- Proust 162 - 406 - jeune fille à la bicyclette | bacchante à bicyclette | Albertine, dans son caoutchouc, filer en bicyclette sous les averses | sans cesse en fuite sur sa bicyclette | rapide et penchée sur la roue mythologique de sa bicyclette
- Proust 162 - 418 - Gisèle | C'pauvre vieux, i m'fait d'la peine, il a l'air à moitié crevé | un amour réciproque allait m'unir à Gisèle | le rôle, le scénario, les péripéties | Gisèle ne mentait pas de la même manière qu'Albertine
- Proust 162 - 390 - Marcel Proust, Jean-Luc Godard, Albertine : vivre sa vie, bande à part, à bout de souffle
- Proust 163 - J'ai souvent cherché depuis à me rappeler comment avait résonné pour moi sur la plage ce nom de Simonet ; ce nom devenu le premier vocable que nous retrouvions
- Proust 164 - Au fur et à mesure que la saison s'avança, changea le tableau que j'y trouvais dans la fenêtre | la mer
- Proust 164 - toute la tendresse qui était dans mon coeur, m'était apportée par un être aussi différent que possible de moi. Cet être, je le fabriquais, en utilisant le nom de Simonet
- Proust 165 - l'ivresse réalise pour quelques heures l'idéalisme subjectif, le phénoménisme pur
- Proust 166 - la jeune blonde à l'air triste que j'avais vue à Rivebelle | souvenir jusque-là nivelé | manie mentale qui dans l'amour favorise la renaissance exclusive de l'image d'une certaine personne
- Proust 166 - blanche et vague constellation où l'on n'eût distingué deux yeux plus brillants, que pour les confondre au sein de la nébuleuse indistincte et lactée
- Proust 166 - la fidélité à des images à la possession desquelles nous nous croirons plus tard avoir été prédestinés, et que nous aurions pu, tout au début, oublier, comme tant d'autres
- Proust 167 - 169 - C'est ainsi, faisant halte, les yeux brillants sous son « polo » que je la revois encore maintenant
- Proust 168 - L'amour le plus exclusif pour une personne est toujours l'amour d'autre chose
- Proust 168 - 371 - avec un Elstir, avec un Vinteuil, avec leurs pareils, nous volons vraiment d'étoiles en étoiles
- Proust 168 - j'eusse pénétré en devenant l'ami de l'une d'elles dans une société rajeunissante où régnaient la santé, l'inconscience, la volupté, la cruauté, l'inintellectualité et la joie
- Proust 168 - Marcel Proust - Victor Hugo - pour pouvoir me dire d'une jeune fille qui était dans ma chambre : « C'est elle ! » / C'était elle. Quiconque a aimé sait tous les sens rayonnants que contiennent les quatre lettres de ce mot : Elle
- Proust 168 - Marcel Proust - Victor Hugo - Faisant halte / La halte est un mot formé d'un double sens singulier et presque contradictoire : troupe en marche; repos. La halte suppose le combat hier et le combat demain
- Proust 168 - une connaissance poétique, féconde en joies, de maintes formes | l'atelier d'Elstir m'apparut comme le laboratoire d'une sorte de nouvelle création du monde
- Proust 169 - l'église de Balbec | c'est tous les cercles du ciel, tout un gigantesque poème théologique et symbolique que vous avez là
- Proust 169 - Si un peu de rêve est dangereux, ce qui en guérit, ce n'est pas moins de rêve, mais plus de rêve, mais tout le rêve
- Proust 169 - le peintre avait su habituer les yeux à ne pas reconnaître de frontière fixe, de démarcation absolue, entre la terre et l'océan
- Proust 170 - Mme Elstir | Ma belle Gabrielle ! | elle était une créature immatérielle, un portrait d'Elstir | il avait adoré en Mme Elstir le type de beauté un peu lourde qu'il avait poursuivi, caressé dans ses peintures
- Proust 171 - après cette marée montante du génie qui recouvre la vie, quand le cerveau se fatigue, peu à peu, c'est la vie qui reprend le dessus
- Proust 172 - Que connaissais-je d'Albertine ? Un ou deux profils sur la mer
- Proust 172 - comme une simple objectivation irréelle et diabolique du tempérament opposé au mien, de la vitalité quasi barbare et cruelle dont était si dépourvue ma faiblesse, la bande zoophytique des jeunes filles
- Proust 173 - On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même
- Proust 173 - Depuis que j'en avais vu dans des aquarelles d'Elstir, je cherchais à retrouver dans la réalité
- Proust 173 - la volonté qui est le serviteur persévérant et immuable de nos personnalités successives
- Proust 173 - l'existence n'a guère d'intérêt que dans les journées où la poussière des réalités est mêlée de sable magique, où quelque vulgaire incident devient un ressort romanesque
- Proust 173 - La connaissance d'Albertine | La gravité de cette présentation, je la ressentis tout de suite
- Proust 174 - son traînard et nasal d'Albertine | hérédités provinciales, affectation juvénile de flegme britannique, leçons d'une institutrice étrangère, hypertrophie congestive de la muqueuse du nez
- Proust 175 - Albertine à moitié élevée par l'amie de Mlle Vinteuil | C'était une terra incognita terrible où je venais d'atterrir
- Proust 176 - il y a moins de force dans une innovation artificielle que dans une répétition destinée à suggérer une vérité neuve
- Proust 176 - 402 - caoutchouc d'Albertine dans lequel elle semblait devenue une autre personne | tunique guerrière de caoutchouc qui faisait bomber ses seins | Albertine encaoutchoutée des jours de pluie | maillot collant de son caoutchouc
- Proust 176 - la comédie amoureuse que j'avais tout écrite dans ma tête depuis mon enfance et que toute jeune fille aimable me semblait avoir la même envie de jouer
- Proust 177 - dans une lumière humide, hollandaise
- Proust 177 - les robes de Fortuny | Tout avait péri de ce temps, mais tout renaissait | car tout doit revenir, comme il est écrit aux voûtes de Saint-Marc, et comme le proclament les oiseaux qui signifient la mort et la résurrection
- Proust 177 - les rochers dénudés, la mer qu'on apercevait par leurs déchirures, flottèrent comme des fragments d'un autre univers : le paysage montagneux et marin qu'Elstir...
- Proust 177 - une différence immense entre une toilette de Callot et celle d'un couturier quelconque ? demandai-je à Albertine. - Mais énorme, mon petit bonhomme
- Proust 177 - 402 - Mlle Léa
- Proust 178 - La conversation est une divagation superficielle, qui ne nous donne rien à acquérir | la marche de la pensée dans le travail solitaire de la création artistique se fait dans le sens de la profondeur
- Proust 178 - quand nous causons avec un autre ce n'est plus nous qui parlons
- Proust 178 - 405 - Lettres et télégramme d'Albertine
- Proust 179 - c'était avec elle que j'aurais mon roman
- Proust 179 - Au commencement d'un amour comme à sa fin, nous ne sommes pas exclusivement attachés à l'objet de cet amour | les diverses ondes sentimentales propagées en moi par ces jeunes filles
- Proust 180 - ce premier charme qu'on ne retrouve pas
- Proust 182 - chacune de ces Albertine était différente | étaient si divers les êtres que je contemplais en elle
- Proust 182 - ce noyau moral qui devait subsister au milieu de mon amour pour Albertine. Pour souffrir par une femme, il faut avoir cru complètement en elle
- Proust 183 - Il avait fallu quitter Balbec en effet | Ce que je revis presque invariablement quand je pensai à Balbec
- Proust 184 - nous partons chercher dans une cité une âme qu'elle ne peut contenir mais que nous n'avons plus le pouvoir d'expulser de son nom
- Proust 188 - ce charme répandu au vol sur un vers, le mobile chef-d'oeuvre que l'art théâtral se proposait et que détruirait en voulant le fixer l'attention d'un auditeur trop épris
- Proust 188 - ces gestes instables perpétuellement transformés, ces tableaux successifs, c'était le résultat fugitif, le but momentané, le mobile chef-d'oeuvre que l'art théâtral se proposait
- Proust 194 - Par contre
- Proust 196 - il ne servirait mon amour qu'à moitié, sous la réserve de certains principes de moralité, et je le détestai
- Proust 196 - 441 - La vraie influence, c'est celle du milieu intellectuel ! On est l'homme de son idée ! | un être est tant d'êtres différents selon les personnes qui le jugent
- Proust 198 - Avec les terribles progrès de l'artillerie, les guerres futures, s'il y a encore des guerres, seront si courtes qu'avant qu'on ait pu songer à tirer parti de l'enseignement, la paix sera faite
- Proust 199 - Rien n'invite tant à s'approcher d'un être que ce qui en sépare et quelle plus infranchissable barrière que le silence ?
- Proust 201 - Téléphone | Présence réelle que cette voix si proche - dans la séparation effective ! Mais anticipation aussi d'une séparation éternelle !
- Proust 204 - la regardant tous les deux, Robert et moi, nous ne la voyions pas du même côté du mystère. Ce n'était pas Rachel quand du Seigneur qui me semblait peu de chose, c'était la puissance de l'imagination, l'illusion que je trouvais grandes
- Proust 207 - tout ce cadre qu'autrefois mon amour de la nature m'eût fait trouver ennuyeux et factice, mais auquel sa peinture par Goethe dans Wilhelm Meister avait donné pour moi une certaine beauté
- Proust 207 - Les portes d'or du monde des rêves s'étaient refermées sur Rachel avant que Saint-Loup l'eût vue sortir du théâtre... Il l'aimait déjà
- Proust 207 - Le besoin de rêve, le désir d'être heureux par celle à qui on a rêvé, font que beaucoup de temps n'est pas nécessaire pour qu'on confie toutes ses chances de bonheur à celle qui n'était qu'une apparition fortuite
- Proust 209 - médiumnimique
- Proust 209 - Nous travaillons à tout moment à donner sa forme à notre vie, mais en copiant malgré nous comme un dessin les traits de la personne que nous sommes et non de celle qu'il nous serait agréable d'être
- Proust 218 - Chacun voit en plus beau ce qu'il voit à distance, ce qu'il voit chez les autres. Car les lois générales qui règlent la perspective dans l'imagination s'appliquent aussi bien aux ducs qu'aux autres hommes
- Proust 225 - l'enchaînement de circonstances | c'était une des expressions favorites de M. de Charlus
- Proust 227 - croire à la médecine serait la suprême folie, si n'y pas croire n'en était pas une plus grande car de cet amoncellement d'erreurs se sont dégagées à la longue quelques vérités
- Proust 227 - Alors ma grand-mère éprouva la présence, en elle, d'une créature qui connaissait mieux le corps humain que ma grand-mère, la présence d'une contemporaine des races disparues
- Proust 227 - C'est dans la maladie que nous nous rendons compte que nous ne vivons pas seuls mais enchaînés à un être d'un règne différent : notre corps
- Proust 228 - Vous appartenez à cette famille magnifique et lamentable qui est le sel de la terre. Tout ce que nous connaissons de grand nous vient des nerveux
- Proust 230 - l'étrange nouveauté des restrictions définitives qu'elle impose à la vie. On se voit mourir
- Proust 230 - 401 - nous n'aurions pas dû avoir besoin du cataclysme pour aimer aujourd'hui la vie. Il aurait suffi de penser que nous sommes des humains et que ce soir peut venir la mort
- Proust 230 - on ne se doute pas que la mort qui cheminait en vous dans un autre plan, a choisi précisément ce jour-là pour entrer en scène, dans quelques minutes
- Proust 232 - 449 - le monde (qui n'a pas été créé une fois, mais aussi souvent qu'un artiste original est survenu) nous apparaît entièrement différent de l'ancien
- Proust 235 - Ma grand-mère était morte. Sur ce lit funèbre, la mort, comme le sculpteur du Moyen Âge, l'avait couchée sous l'apparence d'une jeune fille
- Proust 236 - Elle semblait une magicienne me présentant un miroir du temps
- Proust 237 - confrontation d'images | la femme vraie s'était détachée du faisceau lumineux, elle était venue à moi | sur les deux joues de la jeune fille, embrasser toute la plage de Balbec
- Proust 238 - J'aurais bien voulu, avant de l'embrasser, pouvoir la remplir à nouveau du mystère qu'elle avait pour moi sur la plage avant que je la connusse
- Proust 238 - j'appris, à ces détestables signes, qu'enfin j'étais en train d'embrasser la joue d'Albertine
- Proust 238 - C'est la terrible tromperie de l'amour qu'il commence par nous faire jouer avec une femme non du monde extérieur, mais avec une poupée intérieure à notre cerveau
- Proust 240 - quelque chose de solide subsiste, c'est ce qu'on cherchait. On commence à dégager, à connaître ce qu'on aime
- Proust 240 - 241 - notre vie sociale est, comme un atelier d'artiste, remplie des ébauches délaissées où nous avions cru un moment pouvoir fixer notre besoin d'un grand amour
- Proust 241 - Ce ne fut pas elle que j'aimai, mais ç'aurait pu être elle. Et une des choses qui me rendirent peut-être le plus cruel le grand amour que j'allais bientôt avoir
- Proust 242 - ce que je pense de l'amitié : à savoir qu'elle est si peu de chose | à certaines heures, la chaleur que nous ne pouvons pas trouver en nous-même
- Proust 243 - quand ils disaient que la France, l'Angleterre et la Russie « cherchaient » l'Allemagne, ont rendu possible, au moment d'Agadir, une guerre
- Proust 245 - ce qu'est l'Instant | Elstir | tableaux
- Proust 245 - les gens du monde n'ajoutaient pas par la pensée à l'oeuvre d'Elstir cette perspective du Temps qui leur permettait d'aimer ou tout au moins de regarder sans gêne la peinture de Chardin
- Proust 245 - Cet éloignement imaginaire du passé - raisons qui permettent de comprendre que même de grands écrivains aient trouvé une beauté géniale aux oeuvres de médiocres mystificateurs comme Ossian
- Proust 247 - Les théories de la duchesse de Guermantes étaient en politique si socialistes qu'on se demandait où dans son hôtel se cachait le génie chargé d'assurer le maintien de la vie aristocratique, et qui rappelait aux domestiques de cette femme qui ne croyait pas aux titres de lui dire « Madame la duchesse »
- Proust 249 - les cathédrales exerçaient un prestige bien moins grand sur un dévot du XVIIe siècle que sur un athée du XXe
- Proust 251 - hommes politiques | séances de la Chambre | les députés | il trouve insultante pour la Chambre, monstrueuse, une façon de procéder qui en soi-même est insignifiante | mots du ministre
- Proust 253 - 260 - Dans ces premiers poèmes, Victor Hugo pense encore, au lieu de se contenter, comme la nature, de donner à penser
- Proust 257 - chaque fois que quelqu'un regarde les choses d'une façon un peu nouvelle, les quatre quarts des gens ne voient goutte à ce qu'il leur montre. Il faut au moins quarante ans
- Proust 258 - je ne fis pas ce qu'eût fait un homme du monde. Il aurait dit qu'il détestait M. de Norpois et le lui avait fait sentir ; il l'aurait dit pour avoir l'air d'être la cause volontaire des médisances
- Proust 259 - les espaces de ma mémoire se couvraient peu à peu de noms qui, en se composant les uns relativement aux autres, imitaient ces oeuvres d'art achevées où il n'y a pas une seule touche qui soit isolée
- Proust 263 - Nous sommes attirés par toute vie qui nous représente quelque chose d'inconnu, par une dernière illusion à détruire
- Proust 266 - les souliers noirs
- Proust 269 - Sans honneur que précaire, sans liberté que provisoire jusqu'à la découverte du crime
- Proust 269 - Le vice (on parle ainsi pour la commodité du langage), le vice de chacun l'accompagne à la façon de ce génie qui était invisible pour les hommes tant qu'ils ignoraient sa présence
- Proust 273 - 362 - Du coup
- Proust 278 - la marquise de Citri | Bientôt, ce qui fut ennuyeux, ce fut tout. «C'est si ennuyeux les belles choses !» Finalement ce fut la vie elle-même qu'elle nous déclara une chose rasante
- Proust 279 - Le nez, sous l'aile mystérieuse de qui j'aurais voulu me placer car elle me parlait d'une domination peut-être cruelle mais étrange | La femme de chambre de Mme Putbus (ébauches du Cahier 50)
- Proust 279 - cette grande blonde, la femme de chambre de Mme Putbus. Elle aime aussi les femmes; je n'ai jamais vu créature aussi belle - Je me l'imagine assez Giorgione ? - Follement Giorgione
- Proust 279 - 484 - petite demoiselle de... je crois d'Orgeville | Mlle d'Éporcheville | la jeune fille d'excellente famille, dont Robert m'avait parlé pour l'avoir rencontrée dans une maison de passe | De l'Orgeville | Mlle de Forcheville
- Proust 282 - par ces propos pourtant si vagues, la princesse de Guermantes révélait ce qu'elle cherchait à magnifier
- Proust 283 - Il est mort ! Mais non, on exagère, on exagère ! | elle est morte à six heures. - Vous, vous exagérez toujours
- Proust 283 - une jeune fille de grande naissance qui allait dans une maison de passe et la femme de chambre de la baronne Putbus | dans ces deux personnes s'étaient résumés les désirs que m'inspiraient tant de beautés de deux classes
- Proust 284 - Existences disposées sur cinq ou six lignes de repli | Pour Albertine, je sentais que je n'apprendrais jamais rien, qu'entre la multiplicité entremêlée des détails réels et des faits mensongers je n'arriverais jamais à me débrouiller
- Proust 285 - le nom de Gilberte Swann | la tâche en avait été dévolue par l'habitude à l'un de ces nombreux secrétaires qu'elle s'adjoint
- Proust 285 - Albertine était là : mes nerfs démontés, continuant leur agitation, l'attendaient encore
- Proust 289 - nous ne connaissons vraiment que ce que nous sommes obligés de recréer par la pensée, ce que nous cache la vie de tous les jours
- Proust 290 - le charme inséparable, la flore caractéristique de Balbec
- Proust 290 - les pieds dans la boue et en toilette de bal... ces pommiers étaient là en pleine campagne comme des paysans, sur une grande route de France : c'était une journée de printemps
- Proust 291 - certains jours la mer me semblait maintenant presque rurale elle-même
- Proust 292 - le caractère d'Albertine | la chose vue par moi, de mon côté du verre, qui n'était nullement transparent
- Proust 292 - Albertine. Je venais de l'entendre rire. Et ce rire évoquait aussitôt les roses carnations... âcre, sensuel et révélateur comme une odeur de géranium
- Proust 292 - On s'aperçoit que la vie n'est plus la vie qu'on aurait quittée pour un rien la veille, parce que, si on continue à ne pas craindre la mort, on n'ose plus penser à la séparation
- Proust 293 - je m'étais intoxiqué moi-même | Je pensais alors à tout ce que j'avais appris de l'amour de Swann pour Odette | l'hypothèse qui me fit peu à peu construire tout le caractère d'Albertine
- Proust 294 - 462 - On recommandait de ne pas fatiguer l'attention de l'auditeur, comme si nous ne disposions pas d'attentions différentes dont il dépend précisément de l'artiste d'éveiller les plus hautes
- Proust 294 - l'examen supplémentaire et cette fois définitif qu'elle comptait faire subir aux Poussin du Louvre pour avoir la faculté de se déjuger
- Proust 295 - 462 - les théories et les écoles, comme les microbes et les globules, s'entre-dévorent et assurent, par leur lutte, la continuité de la vie
- Proust 297 - J'aurais dû partir ce soir-là sans jamais la revoir | dans l'amour non partagé - autant dire dans l'amour, car il est des êtres pour qui il n'est pas d'amour partagé - on peut goûter du bonheur seulement ce simulacre
- Proust 303 - je n'ai jamais retrouvé ni identifié la belle jeune fille à la cigarette | On peut quelquefois retrouver un être, mais non abolir le temps
- Proust 309 - Un philosophe qui n'était pas assez moderne pour elle, Leibniz, a dit que le trajet est long de l'intelligence au coeur. Ce trajet Mme de Cambremer n'avait pas été de force à le parcourir
- Proust 310 - ils avaient l'air d'une bande d'anthropophages | Car l'instinct d'imitation et l'absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules
- Proust 314 - au lieu d'être poli, Charlus se faisait d'après Saint-Simon des espèces de tableaux vivants ; et s'amusait à figurer le maréchal d'Huxelles
- Proust 314 - à côté de mon petit noyau, cela n'existait pas
- Proust 315 - un trait presque zoologique de la satisfaction
- Proust 316 - qui sait si je ne serai pas un jour président de la République ? | pour que je puisse un peu les emmerder
- Proust 317 - l'automobile qui ne respecte aucun mystère | sentir d'une main plus amoureusement exploratrice, la véritable géométrie, la belle mesure de la terre
- Proust 317 - 391 - Tous les jours, je sortais avec Albertine | l'automobile qui ne respecte aucun mystère | l'émerveillement d'Albertine devant l'automobile | chemins de Balbec | promenades en automobile
- Proust 319 - les gens à qui les cordes trop tendues du glorieux Sourd font mal aux oreilles. Or c'est justement ce mysticisme presque aigre qui est divin
- Proust 320 - 359 - Marcouville-l'Orgueilleuse | son église, moitié neuve, moitié restaurée | l'inimitable beauté des vieilles pierres | Elstir en contradiction avec son propre impressionnisme
- Proust 320 - mon sort était de ne poursuivre que des fantômes, des êtres dont la réalité pour une bonne part était dans mon imagination | il y a des êtres, ce qu'il leur faut, ce sont des fantômes
- Proust 320 - je sentis qu'on peut être près de la personne qu'on aime et cependant ne pas l'avoir avec soi
- Proust 320 - presque aussi vite que de personnalité elle changeait de voix, perdait la sienne pour en prendre une autre, enrouée, hardie, presque crapuleuse
- Proust 320 - Albertine marchait à côté de moi sous sa toque | c'était comme une grande compresse calmante qu'on eût appliquée à mon coeur
- Proust 321 - l'énigme de ses intentions | C'était tout un état d'âme, tout un avenir d'existence qui avait pris devant moi la forme allégorique et fatale d'une jeune fille
- Proust 321 - quand quelque ancien moi, plein du désir de vivre avec allégresse, remplaçait pour un instant le moi actuel
- Proust 321 - ce même corps dans la souplesse duquel vivait toute la grâce féminine, marine et sportive, des jeunes filles que j'avais vues passer devant l'horizon du flot, je le tenais serré contre le mien, tout au bord de la mer
- Proust 321 - Ce sont des milieux où on fait tribu, congrégation et chapelle. Une petite secte. En être ou ne pas en être
- Proust 321 - une route sauvage | comme des fragments d'un autre univers : j'avais reconnu le paysage montagneux et marin qu'Elstir a donné pour cadre à ces deux admirables aquarelles
- Proust 322 - Caractère de Morel | Il ressemblait à un vieux livre du Moyen Âge, extraordinairement composite | sa nature était comme un papier sur lequel on a fait tant de plis dans tous les sens qu'il est impossible de s'y retrouver
- Proust 323 - les hommes « occupés » | la culture désintéressée, qui leur paraît comique passe-temps d'oisifs, c'est la même qui dans leur propre métier met hors de pair
- Proust 324 - dans l'humanité la règle est que les durs sont des faibles dont on n'a pas voulu, et que les forts ont seuls cette douceur que le vulgaire prend pour de la faiblesse
- Proust 325 - Vous dites cela parce que vous ne connaissez pas la vie, dit le baron doublement agacé, car il sentait que Brichot ne comprendrait ni ses raisons d'artiste ni les autres
- Proust 325 - M. Taine | cette irritante habitude du "monsieur" inutile qu'ont les gens du monde, comme s'ils croyaient en taxant de monsieur un grand écrivain, lui décerner un honneur, peut-être garder les distances
- Proust 325 - quel homme de goût avait eu cette réponse, à qui lui demandait quel événement l'avait le plus affligé dans sa vie : La mort de Lucien de Rubempré dans Splendeurs et misères
- Proust 325 - Cette identification à la princesse de Cadignan avait été rendue facile pour M. de Charlus grâce à la transposition mentale qui lui devenait habituelle
- Proust 325 - Brichot ne soupçonnait pas qu'on pût s'intéresser à une robe comme à une oeuvre d'art | Albertine qu'intéressait ce muet langage des robes, questionna M. de Charlus sur la princesse de Cadignan
- Proust 326 - tandis que celui qui aime est toujours forcé de revenir à la charge, d'enchérir, il est au contraire aisé pour celui qui n'aime pas de suivre une ligne droite, inflexible et gracieuse
- Proust 330 - La lumineuse intelligence, brusque, convulsive et rétrécie, ne reflète plus qu'un moi irrité, soupçonneux, coquet, faisant tout ce qu'il faut pour déplaire
- Proust 331 - la vérité étant plutôt un courant qui part de ce qu'on nous dit et qu'on capte, tout invisible qu'il soit, que la chose même qu'on nous a dite
- Proust 331 - théoriquement on trouve qu'on devrait toujours s'expliquer franchement, éviter les malentendus. Mais bien souvent la vie les combine de telle manière que pour les dissiper, il faudrait révéler pire encore que le malentendu
- Proust 334 - Je prenais mieux conscience de mes propres transformations en les confrontant à l'identité des choses
- Proust 334 - Et désireuse de se montrer gentille mais contrariée d'être asservie, elle avait plissé le front puis, tout de suite, très gentiment, dit : « C'est cela »
- Proust 335 - le monde où étaient cette chambre et ces bibliothèques, et dans lequel Albertine était si peu de chose, était peut-être un monde intellectuel, qui était la seule réalité
- Proust 336 - ceux qui apprennent sur la vie d'un autre quelque détail exact en tirent aussitôt des conséquences qui ne le sont pas
- Proust 336 - malles d'Albertine, étroites et noires, qui m'avaient paru avoir la forme de cercueils et dont j'ignorais si elles allaient apporter à la maison la vie ou la mort
- Proust 336 - elle glissait dans ma bouche sa langue, comme un pain quotidien, ayant le caractère presque sacré de toute chair à qui les souffrances que nous avons endurées ont fini par conférer une sorte de douceur morale
- Proust 336 - Le soleil tout à coup jaunissait cette mousseline de verre, la dorait et, découvrant doucement en moi un jeune homme plus ancien qu'avait caché longtemps l'habitude, me grisait de souvenirs
- Proust 336 - Tout, là-bas, lui fut rendu facile grâce à la bonté, au dévouement de Legrandin | Le snobisme est une maladie grave de l'âme, mais localisée et qui ne la gâte pas tout entière
- Proust 337 - Ses longs yeux bleus semblaient être passés à l'état liquide. Si bien que, quand elle les fermait, c'était comme quand avec des rideaux on empêche de voir la mer
- Proust 337 - comme eût dit ta pauvre grand-mère, citant Mme de Sévigné, nous enlèvent à la solitude sans nous apporter la société | Mme de Sévigné, Nietzsche, Proust
- Proust 338 - Albertine et Gilberte | Gomorrhe dispersée | Elle me demanda tout d'un coup si j'aimais les femmes. Je ne sais quelle idée baroque me prit de la mystifier, je lui répondis que oui
- Proust 338 - Ma jalousie naissait par des images, pour une souffrance, non d'après une probabilité
- Proust 341 - Il suffirait d'un petit mouvement d'énergie, un seul jour, pour changer cela une fois pour toutes
- Proust 342 - Qu'y a-t-il de plus poétique que Xerxès, fils de Darius, faisant fouetter de verges la mer qui avait englouti ses vaisseaux ?
- Proust 342 - Bien souvent un homme excessivement riche a toujours un même veston râpé
- Proust 342 - 343 - si l'obligation de faire face aux promesses faites lui causait du déplaisir, elle devenait aussitôt de la part de Morel l'objet d'une antipathie
- Proust 343 - Les défauts d'Andrée | cette malveillante susceptibilité qui entourait d'une ceinture aigre et glaciale sa vraie nature plus chaleureuse et meilleure
- Proust 343 - J'en serais réduit pour toujours, comme un juge, à tirer des conclusions incertaines d'imprudences de langage. Et toujours elle me sentirait jaloux et juge
- Proust 343 - Elle avait à ce moment-là l'apparence d'une oeuvre d'Elstir ou de Bergotte, j'éprouvais une exaltation momentanée pour elle, la voyant dans le recul de l'imagination et de l'art
- Proust 344 - Tout cela n'est pas vrai que pour les jeunes gens imaginatifs devant les jeunes filles changeantes
- Proust 344 - en cette Albertine cloîtrée dans ma maison, loin de Balbec, subsistaient les désirs errants de la vie de bains de mer
- Proust 344 - cet inconnaissable qu'est pour nous, quand nous cherchons effectivement à nous la représenter, la vie réelle d'une autre personne
- Proust 344 - 399 - bague d'or | l'aigle sur la bague au rubis | le chiffre d'Albertine | cet aigle impitoyable dont les ailes avaient emporté la confiance que je gardais dans mon amie
- Proust 344 - Aussitôt je voyais son visage gluant se gâter. Sa bouche devenait amère. Il ne restait plus rien à Andrée de cette juvénile gaieté
- Proust 344 - Quand on a été épris d'un peintre, puis d'un autre, on peut à la fin avoir pour tout le musée une admiration qui n'est pas glaciale, car elle est faite d'amours successives
- Proust 345 - 388 - Je m'étais embarqué sur le sommeil d'Albertine | plaisir de la voir dormir | la voir s'éveiller | quand Albertine dormait, elle semblait avoir retrouvé son innocence | le jus jaillissant qui désaltère
- Proust 345 - Peut-être faut-il que les êtres soient capables de vous faire beaucoup souffrir pour que dans les heures de rémission
- Proust 345 - entre les deux tableaux de Balbec, au premier séjour et au second, quelle différence !
- Proust 346 - la voir s'éveiller. Le plaisir même qu'elle habitât chez moi
- Proust 347 - 406 - ce que M. de Charlus flétrissait sous le nom de procrastination | ma « procrastination », comme disait Saint-Loup
- Proust 347 - 401 - les circonstances exceptionnelles ayant pour effet d'exalter ce qui existait préalablement dans l'homme, chez le laborieux le labeur et chez l'oisif la paresse
- Proust 347 - C'est ainsi qu'est interminable la jalousie
- Proust 347 - ces mésententes - une couche plus profonde du coeur
- Proust 347 - l'amour est un mal inguérissable, comme ces diathèses où le rhumatisme ne laisse quelque répit que pour faire place à des migraines épileptiformes
- Proust 347 - Il y avait des jours où le bruit d'une cloche qui sonnait l'heure portait sur la sphère de sa sonorité
- Proust 348 - à ces êtres de fuite, leur nature, notre inquiétude attachent des ailes. Et même auprès de nous, leur regard semble nous dire qu'ils vont s'envoler
- Proust 349 - l'impossibilité où se heurte l'amour. Nous nous imaginons qu'il a pour objet un être qui peut être couché devant nous, enfermé dans un corps. Il est l'extension de cet être
- Proust 349 - Ses mensonges, ses aveux, me laissaient à achever la tâche d'éclaircir la vérité | de grands intervalles tout en blanc et sur toute la longueur desquels il me fallait retracer, et pour cela d'abord apprendre, sa vie
- Proust 349 - cette scène qui pourrait s'appeler : Devant le téléphone
- Proust 349 - je venais d'être infiniment sensible à sa voix | Alors, je me rappelai d'autres voix encore, des voix de femmes surtout, les unes ralenties par la précision d'une question et l'attention de l'esprit, d'autres essoufflées par le flot lyrique de ce qu'elles racontent
- Proust 349 - On donne sa fortune, sa vie pour un être... Ce qui nous attache aux êtres, ce sont ces mille racines, ces fils innombrables ; c'est cette trame continue
- Proust 350 - une grande partie de ce que nous disons n'étant qu'une récitation
- Proust 351 - Être dur et fourbe envers ce qu'on aime est si naturel | l'indifférence n'invite pas à la méchanceté
- Proust 354 - un wagon de première classe cessa d'être considéré a priori comme plus beau que Saint-Marc de Venise
- Proust 354 - tout le tapis des sous-bois, qu'Elstir croyait avoir sous les yeux comme une zone imaginaire
- Proust 354 - On a dit que la beauté est une promesse de bonheur. Inversement la possibilité du plaisir peut être un commencement de beauté
- Proust 354 - quand j'allais tous les jours chez Gilberte elle aimait un jeune homme qu'elle voyait beaucoup plus que moi
- Proust 355 - 356 - quand Albertine émettait une affirmation de ce genre, ce n'était jamais que le premier stade d'affirmations différentes
- Proust 355 - La curiosité amoureuse est comme celle qu'excitent en nous les noms de pays, toujours déçue, elle renaît et reste toujours insatiable
- Proust 356 - Car je ne possédais dans ma mémoire que des séries d'Albertine séparées les unes des autres, incomplètes, des profils, des instantanés
- Proust 357 - 372 - Je me rendais compte de tout ce qu'a de réel l'oeuvre de Wagner
- Proust 357 - 372 - Wagner / Vinteuil : la reprise moins d'un motif que d'une névralgie / on ne savait pas, à chacune de ses reprises, si c'était celles d'un thème ou d'une névralgie
- Proust 358 - 360 - il m'était souvent arrivé en lisant des Mémoires, un roman, où un homme sort toujours avec une femme, de désirer pouvoir faire ainsi | Albertine pendant notre promenade
- Proust 358 - Albertine n'avait pas été pour moi pendant notre promenade, comme avait été jadis Rachel, une vaine poussière de chair et d'étoffe
- Proust 359 - Celui qui veut entretenir en soi le désir de continuer à vivre doit se promener ; car les rues sont pleines de Déesses
- Proust 359 - ces cohues populaires des jours de fête sont pour le voluptueux aussi précieuses que pour l'archéologue le désordre d'une terre
- Proust 359 - selon qu'elle était à côté de moi dans ma chambre ou que je lui rendais sa liberté dans ma mémoire, sur la digue, dans ses gais costumes de plage
- Proust 359 - une héroïne que mon désir suffisait à engager dans des péripéties délicieuses, au seuil d'un roman que je ne connaîtrais pas
- Proust 359 - Mensonge. Quelle chose plus usuelle que lui... Il est l'instrument de conservation le plus nécessaire et le plus employé. Or c'est lui que nous avons la prétention de bannir de la vie de celle que nous aimons
- Proust 359 - Albertine regardait un instant toutes ces filles avec une attention profonde. On trouve innocent de désirer et atroce que l'autre désire
- Proust 360 - leurs mensonges respectifs s'emboîtaient si bien les uns dans les autres, tout en présentant une grande variété, que la petite bande avait la solidité impénétrable
- Proust 360 - C'est terrible d'avoir la vie d'une autre personne attachée à la sienne comme une bombe qu'on tiendrait sans qu'on puisse la lâcher sans crime
- Proust 360 - 385 - il n'est pas de belle prison | besoin d'oublier, auquel se livrent les captifs
- Proust 361 - une mort qui me fit beaucoup de peine, celle de Bergotte | le symbole de sa résurrection
- Proust 361 - Vue de Delft de Ver Meer | Bergotte : C'est ainsi que j'aurais dû écrire. Plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune
- Proust 361 - La nature ne semble guère capable de donner que des maladies assez courtes. Mais la médecine s'est annexé l'art de les prolonger
- Proust 361 - Toutes ces obligations qui n'ont pas leur sanction dans la vie présente semblent appartenir à un monde différent, fondé sur la bonté, le scrupule, le sacrifice
- Proust 362 - j'ai été forcé d'amincir la chose, mais ce n'est pas un univers, c'est des millions, qui s'éveillent tous les matins.
- Proust 362 - Ce mouvement oublié refit du corps qu'il anima, celui de cette Albertine qui me connaissait encore à peine. Il rendit à Albertine, cérémonieuse sous un air de brusquerie, sa nouveauté première
- Proust 362 - heureuses aptitudes au mensonge animé, coloré des teintes mêmes de la vie | elle était charmante quand elle inventait un récit qui ne laissait pas de place au doute
- Proust 362 - la jalousie redouble l'amour, au point de vue de l'amant | Aussi est-ce en pure perte pour elle que sa maîtresse le fait tant souffrir
- Proust 363 - L'irresponsabilité aggrave les fautes. Landru, s'il l'a fait par intérêt, à quoi l'on peut résister, peut être gracié, mais non si ce fut par un sadisme irrésistible
- Proust 365 - le masque depuis trop longtemps rigoureusement attaché à son vrai visage | après s'être fatigué des inconnus, M. de Charlus était passé à ce qu'il avait cru qu'il détesterait toujours, à l'imitation d'un ménage
- Proust 366 - 460 - Le septuor de Vinteuil | chef-d'oeuvre triomphal et complet | plus merveilleuse qu'une adolescente, la petite phrase, vint à moi, reconnaissable sous ces parures nouvelles
- Proust 370 - comme ces poètes qui remplissent leur prétendu Paradis de prairies, de fleurs, de rivières qui font double emploi avec celles de la Terre
- Proust 370 - j'avais pensé aux autres mondes qu'avait pu créer Vinteuil comme à des univers clos, comme avait été chacun de mes amours | mes autres amours n'y avaient été que de minces et timides essais | ce plus vaste amour... l'amour pour Albertine
- Proust 371 - je me demandais si la musique n'était pas l'exemple unique de ce qu'aurait pu être - s'il n'y avait pas eu l'invention du langage - la communication des âmes
- Proust 372 - Chaque fois les journalistes philosophes sont persuadés qu'il y a quelque chose de changé en France, qu'on n'admirera plus Ibsen, Renan, Dostoïevsky, Annunzio, Tolstoï, Wagner, Strauss
- Proust 373 - 380 - Verdurin à Saniette | des invités s'empressaient, prêts, comme des lions, à dévorer l'homme terrassé | jamais en vouloir aux hommes, jamais les juger d'après tel souvenir d'une méchanceté
- Proust 374 - Le monde des différences n'existant pas à la surface de la terre, parmi tous les pays que notre perception uniformise, à plus forte raison n'existe-t-il pas dans le « monde »
- Proust 376 - 384 - simuler des adieux | une fois libre pour que j'aille me faire casser le pot | Ma petite Albertine, il vaut mieux nous quitter | comédie de rupture | scène de séparation fictive
- Proust 378 - Dans une circonstance si cruellement imprévue, ce grand discoureur ne sut que balbutier
- Proust 378 - On ne supporte pas toujours bien les larmes qu'on fait verser
- Proust 380 - j'avais forgé moi-même, pour une servitude éternelle, les inflexibles barreaux d'or
- Proust 381 - 383 - Albertine déguisée en homme, histoire de rigoler plutôt | Les gomorrhéennes
- Proust 381 - Hélas ! Albertine était plusieurs personnes | j'aime bien mieux que vous me laissiez une fois libre pour que j'aille me faire casser... le pot
- Proust 382 - pour tâcher d'arracher un aveu à Albertine | Dans mes pires suppositions, je ne m'étais jamais figuré qu'une pareille intimité avait pu exister entre Albertine et Esther
- Proust 382 - Si le lecteur n'en a que l'impression assez faible, c'est qu'étant narrateur je lui expose mes sentiments en même temps que je lui répète mes paroles
- Proust 383 - l'adieu. On veut pleurer les larmes qu'il apportera bien avant qu'il survienne
- Proust 383 - l'expression de tels sentiments est loin d'être contagieuse
- Proust 383 - les paroles d'Albertine quand on l'interrogeait ne contenaient jamais un atome de vérité | Je regardais une flambée brûler d'un seul coup un roman que j'avais mis des millions de minutes à écrire
- Proust 383 - À quelles croyances à la vie future adaptait-elle le mensonge, avec quels dieux moins coulants qu'elle n'avait cru essayait-elle de s'arranger ?
- Proust 383 - Son nez, sa bouche, ses yeux formaient une harmonie parfaite, isolée du reste, elle avait l'air d'un pastel et de ne pas plus avoir entendu ce qu'on venait de dire que si on l'avait dit devant un portrait de La Tour
- Proust 384 - je restais devant ce corps tordu, cette figure allégorique de quoi ? de ma mort ? de mon amour ?
- Proust 385 - ce qui est vrai aussi, c'est ce que j'ai lu dans les yeux d'Albertine | du mystère dans la vie de tous les jours
- Proust 385 - 398 - la vie en changeant fait des réalités avec nos fables | Le temps passe, et peu à peu tout ce qu'on disait par mensonge devient vrai
- Proust 386 - 387 - les grands littérateurs n'ont jamais fait qu'une seule oeuvre, ou plutôt réfracté à travers des milieux divers une même beauté qu'ils apportent au monde
- Proust 386 - c'est une façon assurée d'être recherché qui ne réussit que comme celle d'être aimé, c'est-à-dire si on ne l'a nullement adoptée pour cela
- Proust 386 - parce que je lui avais coupé les ailes, elle avait cessé d'être une Victoire, elle était une pesante esclave dont j'aurais voulu me débarrasser
- Proust 387 - Thomas Hardy, Stendhal, Ver Meer, Dostoïevski, Rembrandt, Mme de Sévigné, Choderlos de Laclos, Baudelaire, Tolstoï
- Proust 387 - le pianola était pour nous comme une lanterne magique scientifique (historique et géographique) | selon qu'Albertine jouait du Rameau ou du Borodine
- Proust 387 - ma chambre ne contenait-elle pas une oeuvre d'art plus précieuse que toutes celles-là ? C'était Albertine elle-même. Je la regardais
- Proust 387 - la femme de Dostoïevski (aussi particulière qu'une femme de Rembrandt), avec son visage mystérieux dont la beauté avenante se change brusquement en une insolence terrible
- Proust 387 - Chez Dostoïevski je trouve des puits excessivement profonds, mais sur quelques points isolés de l'âme humaine | beaucoup de ce qui s'épanouira chez Tolstoï
- Proust 387 - Cet amour entre femmes était quelque chose de trop inconnu | lieux où Albertine avait vécu | L'amour, c'est l'espace et le temps rendus sensibles au coeur
- Proust 388 - L'inconnu de la vie des êtres est comme celui de la nature, que chaque découverte scientifique ne fait que reculer mais n'annule pas
- Proust 388 - nous trouvons de tout dans notre mémoire : elle est une espèce de pharmacie, de laboratoire de chimie, où on met au hasard la main tantôt sur une drogue calmante, tantôt sur un poison dangereux
- Proust 388 - La réalité est le plus habile des ennemis
- Proust 388 - Albertine | elle était plutôt comme une grande déesse du Temps | cette issue hors de soi-même | la vie des autres
- Proust 390 - ce secret que je sentais derrière son regard triste, ses manières changées
- Proust 390 - 485 - temps perdu
- Proust 391 - le clair de lune, d'argenté autrefois, était devenu bleu avec Chateaubriand, pour redevenir jaune et métallique avec Baudelaire
- Proust 391 - Ah ! oui, Émilie Daltier, je ne sais pas ce qu'elle est devenue. Elle n'était pas de notre petite bande | Une jolie fille et qui jouait bien au golf
- Proust 391 - Albertine et Émilie Daltier | même en tenant compte des mensonges, il était incroyable à quel point sa vie était successive, et fugitifs ses plus grands désirs
- Proust 391 - Je sentis son odeur de pétrole. Une odeur qui était comme un symbole de bondissement et de puissance et qui renouvelait le désir que j'avais eu à Balbec. Viens déjeuner à la campagne
- Proust 391 - les odeurs que j'y trouverais en arrivant, l'odeur du compotier de cerises et d'abricots, du cidre, du fromage de gruyère
- Proust 391 - des hommes qui exigent qu'une femme renonce au théâtre, bien que, d'ailleurs, c'est parce qu'elle avait été au théâtre qu'ils l'ont aimée
- Proust 392 - nouveau visage de l'Habitude. Jusqu'ici je l'avais considérée comme un pouvoir annihilateur ; maintenant je la voyais comme une divinité redoutable
- Proust 393 - Toute femme sent que plus son pouvoir sur un homme est grand, le seul moyen de s'en aller, c'est de fuir. Fugitive parce que reine, c'est ainsi
- Proust 394 - ce qu'on appelle expérience n'est que la révélation à nos propres yeux d'un trait de notre caractère, qui naturellement reparaît
- Proust 395 - Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination | moins le portrait d'une amante que du déformant amour
- Proust 395 - ce petit bout de museau | ce qu'on aime est trop dans le passé, pour qu'on ait besoin de toute la femme ; on veut seulement être sûr que c'est elle | l'identité, autrement importante que la beauté
- Proust 395 - Bref Albertine n'était, comme une pierre autour de laquelle il a neigé, que le centre générateur d'une immense construction qui passait par le plan de mon coeur
- Proust 395 - C'est ça, la jeune fille que tu aimes ?
- Proust 397 - elle, l'Albertine de Balbec (car, depuis son départ, elle l'était redevenue pour moi)
- Proust 397 - j'étais tout de même déçu du peu qu'il y a d'une personne dans une lettre
- Proust 397 - on ne peut lire un roman sans donner à l'héroïne les traits de celle qu'on aime. Mais la fin du livre a beau être heureuse, notre amour n'a pas fait un pas de plus
- Proust 398 - la manière désastreuse dont est construit l'univers psychopathologique veut que l'acte maladroit, l'acte qu'il faudrait avant tout éviter, soit justement l'acte calmant
- Proust 400 - tout ce que chaque jour je me promettais pour le lendemain
- Proust 401 - Que le jour est lent à mourir par ces soirs démesurés de l'été ! | Ah ! quand la nuit finirait-elle ?
- Proust 401 - ces soirs glorieux où les offices | ces demi-déesses
- Proust 401 - Lié qu'il était à toutes les saisons, pour que je perdisse le souvenir d'Albertine, il aurait fallu que je les oubliasse toutes
- Proust 401 - Alors ma vie fut entièrement changée. | A l'appel de moments identiques, la perpétuelle renaissance de moments anciens
- Proust 401 - Que de fois j'avais traversé pour aller chercher Albertine, que de fois j'avais repris, au retour avec elle, la grande plaine de Cricqueville
- Proust 401 - ce n'est pas une, c'est d'innombrables Albertine que j'aurais dû oublier
- Proust 402 - le paysage moral | une sorte d'année sentimentale
- Proust 402 - rapide et penchée sur la roue mythologique de sa bicyclette
- Proust 402 - le paysage moral
- Proust 402 - Je n'étais pas un seul homme, mais le défilé heure par heure d'une armée composite où il y avait selon le moment des passionnés, des indifférents, des jaloux
- Proust 402 - Les changements de l'atmosphère en provoquent d'autres dans l'homme intérieur, réveillent des moi oubliés, contrarient l'assoupissement de l'habitude
- Proust 402 - On n'est que par ce qu'on possède, on ne possède que ce qui vous est réellement présent, et tant de nos souvenirs, de nos humeurs, de nos idées partent faire des voyages loin de nous-même
- Proust 403 - la confiance, la conversation, choses médiocres, qu'importe qu'elles soient plus ou moins imparfaites, si s'y mêle seulement l'amour, qui seul est divin
- Proust 403 - la principale opposition (l'art) n'était pas manifestée encore. En perdant la vie je n'aurais plus perdu qu'une forme vide, le cadre vide d'un chef-d'oeuvre
- Proust 404 - cette femme n'a fait que susciter par des sortes d'appels magiques mille éléments de tendresse existant en nous à l'état fragmentaire et qu'elle a assemblés
- Proust 404 - mes relations, ma fortune, n'avaient fait que reculer l'échéance de la lutte corps à corps avec la volonté contraire, inflexible d'Albertine
- Proust 405 - L'idée qu'on mourra est plus cruelle que mourir, mais moins que l'idée qu'un autre est mort, que, redevenue plane après avoir englouti un être, s'étend, sans même un remous à cette place-là, une réalité d'où cet être est exclu
- Proust 405 - tout événement est comme un moule d'une forme particulière | un dessin que nous croyons le seul possible parce que nous ne connaissons pas celui qui eût pu lui être substitué
- Proust 405 - certaines folies douces | je sentais coexister en moi la certitude qu'elle était morte, et l'espoir incessant de la voir entrer
- Proust 405 - Que ce soient les conditions sociales, les prévisions de la sagesse, en vérité, on n'a pas de prises sur la vie d'un autre être
- Proust 406 - Je me voyais perdu dans la vie comme sur une plage illimitée où j'étais seul et où, dans quelque sens que j'allasse, je ne la rencontrerais jamais
- Proust 406 - Divisée en petits dieux familiers, elle habita longtemps
- Proust 406 - pour Albertine c'était une question d'essence : en son fond qu'était-elle, à quoi pensait-elle, qu'aimait-elle, me mentait-elle ?
- Proust 407 - toute la palpitation spécifique du plaisir féminin | je voyais Albertine ressuscitée par ma jalousie, vraiment vivante, se raidir sous les caresses
- Proust 407 - Albertine n'appartenait pas à l'humanité commune, mais à une race étrange qui s'y mêle, s'y cache et ne s'y fond jamais
- Proust 408 - On aime sur un sourire, sur un regard, sur une épaule. Cela suffit ; alors dans les longues heures d'espérance ou de tristesse, on fabrique une personne
- Proust 408 - ce fractionnement d'Albertine en de nombreuses Albertine, qui était son seul mode d'existence en moi
- Proust 408 - pensant à mes amours pour d'autres femmes, je me disais qu'elle les aurait compris, partagés et son vice devenait comme une cause d'amour
- Proust 409 - je continuais à causer avec Albertine, je réparais l'oubli de choses que j'avais toujours voulu lui dire pendant sa vie
- Proust 410 - Andrée vint chez moi. Ce qu'Albertine avait tant aimé, la matérialisation devant moi de ce qu'elle portait dans sa rêverie amoureuse
- Proust 410 - le Désir incarné d'Albertine qu'Andrée était pour moi
- Proust 411 - le souvenir n'est pas inventif, il est impuissant à désirer rien d'autre, même rien de mieux que ce que nous avons possédé
- Proust 411 - 412 - ces plaisirs qui font de notre vie comme une suite de zones concentriques, contiguës, harmoniques et dégradées, autour d'un désir premier qui a donné le ton
- Proust 412 - un entrelacement de souvenirs s'était fait tellement inextricable que je ne pouvais plus arracher à un désir de tendresse toute cette broderie des souvenirs du corps d'Albertine
- Proust 412 - mon amour étant un état mental | C'est le malheur des êtres de n'être pour nous que des planches de collections fort usables dans notre pensée
- Proust 413 - n'était-il pas naturel que maintenant l'étoile finissante de mon amour en lequel elles s'étaient condensées, se dispersât de nouveau en cette poussière disséminée de nébuleuses ? Toutes me semblaient des Albertine
- Proust 413 - comme tous ceux auxquels une idée fixe donne à toute femme arrêtée au coin d'une allée, la ressemblance, l'identité possible avec celle à qui on pense
- Proust 413 - certains romans sont comme de grands deuils momentanés, abolissent l'habitude, nous remettent en contact avec la réalité de la vie
- Proust 414 - Le Figaro dans A la recherche du temps perdu
- Proust 418 - terrible révélation d'Andrée | Albertine et Morel | une maison de femmes à Couliville, où quatre ou cinq la prirent ensemble ou successivement | C'était la passion d'Albertine
- Proust 418 - Elle était avide des êtres, et un tiers qui la connaissait trop bien, comme moi, en l'empêchant de se livrer, l'empêchait de goûter auprès d'eux un plaisir complet
- Proust 420 - 421 - Combien peu d'ailleurs, je savais, je saurais jamais de cette histoire d'Albertine, la seule histoire qui m'eût particulièrement intéressé
- Proust 424 - C'était elle qui était maintenant ce qu'Albertine avait été autrefois : mon amour pour Albertine n'avait été qu'une forme passagère de ma dévotion à la jeunesse
- Proust 424 - La vie selon son habitude qui est par des travaux incessants d'infiniment petits de changer la face du monde
- Proust 427 - l'optimisme est la philosophie du passé
- Proust 429 - Gilberte, duchesse de Guermantes | Tout ce qui nous semble impérissable tend à la destruction ; une situation mondaine n'est pas créée une fois pour toutes mais se reconstruit à chaque instant
- Proust 430 - tout ce que Gilberte m'eût refusé autrefois, elle me l'accordait aisément, sans doute parce que je ne le désirais plus | l'obstacle avait disparu, mon amour
- Proust 430 - la Muse qui a recueilli tout ce que les Muses plus hautes de la philosophie et de l'art ont rejeté, tout ce qui n'est que contingent mais révèle aussi d'autres lois : c'est l'Histoire
- Proust 431 - Les homosexuels seraient les meilleurs maris du monde s'ils ne jouaient pas la comédie d'aimer les femmes
- Proust 432 - comme tous les artistes (Charlie s'intitulait ainsi pour s'excuser de ne pas répondre aux lettres, d'une foule de défauts qu'il croyait faire partie de la psychologie incontestée des artistes)
- Proust 433 - Comment, cela ne vous fait rien éprouver, me disait-elle, de prendre ce petit raidillon que vous montiez autrefois ?
- Proust 433 - la vraie Gilberte, la vraie Albertine, c'étaient peut-être celles qui s'étaient au premier instant livrées dans leur regard, l'une devant la haie d'épines roses, l'autre sur la plage. Je les avais ratées
- Proust 435 - C'était sous cette forme trop simple que je jugeais mon aventure avec Albertine, maintenant que je ne voyais plus cette aventure que du dehors
- Proust 435 - Une femme qu'on aime suffit rarement à tous nos besoins et on la trompe avec une femme qu'on n'aime pas
- Proust 435 - aimer est un mauvais sort comme ceux qu'il y a dans les contes, contre quoi on ne peut rien jusqu'à ce que l'enchantement ait cessé
- Proust 435 - chez des femmes comme la fille d'Odette ou les jeunes filles de la petite bande il y a un tel cumul de goûts alternants que définir le goût réel et dominant reste difficile
- Proust 436 - 438 - un volume du journal inédit des Goncourt (Pastiche, Le Temps Retrouvé)
- Proust 436 - regret du noircissement progressif d'une certaine vasque par la cendre de nos "londrès" | des taches pareilles sur les livres ayant appartenu à Napoléon Ier
- Proust 436 - Normandie | dans un éteignement sommeilleux de toutes les couleurs où la lumière ne serait plus donnée que par une mer presque caillée ayant le bleuâtre du petit lait
- Proust 437 - j'étais incapable de voir ce dont le désir n'avait pas été éveillé en moi par quelque lecture
- Proust 438 - pour que les choses paraissent nouvelles, même si elles sont anciennes, et même si elles sont nouvelles, il faut en art, comme en médecine, comme en mondanité, des noms nouveaux
- Proust 439 - Par une sorte de transformation magique, tout « ennuyeux » qui était venu lui faire une visite et avait sollicité une invitation devenait subitement quelqu'un d'agréable, d'intelligent
- Proust 439 - ceux qui se sont fait une vie intérieure ambiante ont peu égard à l'importance des événements | quelque chose qui semble en soi n'avoir aucune importance renverse pour eux l'ordre du temps
- Proust 439 - 467 - la plus belle partie des Mémoires d'Outre-Tombe | Chateaubriand | le gazouillement d'une grive | Une odeur fine et suave d'héliotrope
- Proust 442 - 443 - Lettres de Gilberte, 1914, 1916 | La bataille de Méséglise a duré plus de huit mois
- Proust 442 - La guerre, me disait-il, n'échappe pas aux lois de notre vieil Hegel. Elle est en état de perpétuel devenir
- Proust 444 - un peu de la beauté de son oeuvre qui s'éclipsait avec un peu de ce qui existait, dans l'univers, de conscience de cette beauté
- Proust 444 - ceux-là mêmes qui sont le plus incapables de juger les mérites sont ceux qui pour les classer adoptent le plus l'ordre de la mode ; voici l'étiquette d'une génération nouvelle, qu'on ne comprendra pas davantage
- Proust 445 - la vie nous déçoit tellement que nous finissons par croire que la littérature n'a aucun rapport avec elle / nous sommes stupéfaits de voir que les précieuses idées que les livres nous ont montrées s'étalent en pleine vie quotidienne
- Proust 445 - ces masses colossales d'individus conglomérés s'affrontant l'une l'autre prendront à ses yeux une beauté plus puissante que la lutte naissant seulement du conflit de deux caractères
- Proust 446 - La guerre se prolongeait indéfiniment et ceux qui avaient annoncé de source sûre, que les pourparlers de paix étaient commencés, ne prenaient pas la peine de s'excuser de leurs fausses nouvelles
- Proust 447 - M. de Charlus, lui si intelligent, s'était fait à cet égard une petite philosophie étroite, expliquant tout par ces causes spéciales
- Proust 447 - ce public qui ne juge ainsi des hommes et des choses de la guerre que par les journaux est persuadé qu'il juge par lui-même
- Proust 448 - les rapports de Mme Verdurin avec Brichot | se moquer de lui devint une mode comme ç'avait été de l'admirer | à quoi l'on reconnaît que les gens sont intelligents
- Proust 448 - 449 - Les cathédrales doivent être adorées jusqu'au jour où, pour les préserver, il faudrait renier les vérités qu'elles enseignent
- Proust 449 - tout ami des arts était accusé de s'occuper de choses funestes à la patrie, toute civilisation qui n'était pas belliqueuse étant délétère | Ainsi tourne la roue du monde
- Proust 449 - Généralement, il est vrai, les nouveautés dont on s'alarme se passent fort bien
- Proust 449 - Qui n'est pas pour nous est contre nous | Nietzsche : Si quelqu'un osait dire maintenant : « Celui qui n'est pas pour moi est contre moi », il aurait immédiatement tout le monde contre lui
- Proust 450 - ma paresse m'ayant donné l'habitude, pour mon travail, de le remettre jour par jour au lendemain, je me figurais qu'il pouvait en être de même pour la mort
- Proust 450 - il ne serait pas sorti de chez moi vivant. Il fallait que l'un de nous deux disparût. J'étais décidé à le tuer
- Proust 451 - 455 - la maison de Jupien, cette maison sur laquelle M. de Charlus eût pu prophétiquement écrire « Sodoma »
- Proust 451 - la lune étroite et recourbée comme un sequin semblait mettre le ciel parisien sous le signe oriental du croissant
- Proust 454 - Ce n'est pas que l'éducation des enfants, c'est celle des poètes qui se fait à coups de gifles
- Proust 454 - Je déteste le genre moyen, disait-il, la comédie bourgeoise est guindée, il me faut ou les princesses de la tragédie classique ou la grosse farce. Pas de milieu, Phèdre ou Les Saltimbanques
- Proust 455 - Déjà, anticipant sur la paix, se cachant dans l'obscurité pour ne pas enfreindre trop ouvertement les ordonnances de la police, partout des danses nouvelles s'organisaient, se déchaînaient toute la nuit
- Proust 455 - la conscience cesse vite de collaborer à nos habitudes. Ainsi, quand nous étudions certaines périodes de l'histoire ancienne, nous sommes étonnés de voir des êtres individuellement bons participer sans scrupule à des assassinats en masse
- Proust 455 - Dans les personnes que nous aimons, il y a, immanent à elles, un certain rêve que nous ne savons pas toujours discerner mais que nous poursuivons
- Proust 456 - la mort de Robert de Saint-Loup. L'être si spécial. Sa vie et celle d'Albertine s'étaient croisées à peine
- Proust 458 - 461 - un être extra-temporel | un peu de temps à l'état pur. L'être qui était rené en moi | faire une oeuvre d'art
- Proust 458 - Il semblait en rappelant leur trépas prendre mieux conscience de son retour vers la santé
- Proust 460 - L'impression est pour l'écrivain ce qu'est l'expérimentation pour le savant, avec cette différence que chez le savant le travail de l'intelligence précède et chez l'écrivain vient après
- Proust 461 - je n'aurais pas à m'embarrasser des diverses théories littéraires qui m'avaient un moment troublé
- Proust 461 - Mais du volume lui-même la neige qui couvrait les Champs-Élysées le jour où je le lus n'a pas été enlevée, je la vois toujours | bibliophile
- Proust 461 - Une oeuvre où il y a des théories est comme un objet sur lequel on laisse la marque du prix
- Proust 462 - art populaire ridicule | l'artiste ne peut servir la gloire de sa patrie qu'en étant artiste | il est aussi vain d'écrire spécialement pour le peuple que pour les enfants. Ce qui féconde un enfant, ce n'est pas un livre d'enfantillages
- Proust 462 - le célibataire de l'art | cette fuite loin de notre propre vie que nous n'avons pas le courage de regarder et qui s'appelle l'érudition
- Proust 462 - dès que l'intelligence raisonneuse veut se mettre à juger des oeuvres d'art, il n'y a plus rien de fixe, de certain, on peut démontrer tout ce qu'on veut
- Proust 462 - il dégagera leur essence commune en les réunissant l'une et l'autre pour les soustraire aux contingences du temps, dans une métaphore
- Proust 462 - ce livre essentiel, le seul livre vrai, un grand écrivain n'a pas à l'inventer puisqu'il existe déjà en chacun de nous, mais à le traduire. Le devoir et la tâche d'un écrivain sont ceux d'un traducteur
- Proust 462 - N'imitons pas les révolutionnaires qui par « civisme » méprisaient, s'ils ne les détruisaient pas, les oeuvres de Watteau et de La Tour, peintres qui honorent davantage la France que tous ceux de la Révolution
- Proust 462 - Et quant à la jouissance que donne à un esprit parfaitement juste, à un coeur vraiment vivant, la belle pensée d'un maître, elle les réduit tout de même à n'être que la pleine conscience d'un autre
- Proust 463 - le style pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique mais de vision
- Proust 463 - La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature
- Proust 463 - art de vivre | nous servir des personnes qui nous font souffrir comme d'un degré permettant d'accéder à leur forme divine | peupler notre vie de divinités
- Proust 463 - l'oeuvre d'art était le seul moyen de retrouver le Temps perdu | Une vocation
- Proust 463 - les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie mais de l'obscurité et du silence
- Proust 463 - il n'est pas un nom de personnage inventé sous lequel il ne puisse mettre soixante noms de personnages vus
- Proust 463 - Ce travail de l'artiste, de chercher à apercevoir sous de la matière, sous de l'expérience, sous des mots quelque chose de différent
- Proust 464 - Un homme né sensible et qui n'aurait pas d'imagination pourrait malgré cela écrire des romans admirables
- Proust 464 - mon amour auquel j'avais tant tenu, serait, dans mon livre, si dégagé d'un être que des lecteurs l'appliqueraient à ce qu'ils avaient éprouvé pour d'autres femmes
- Proust 464 - dans un ridicule l'artiste voit une belle généralité, il ne l'impute pas plus à grief à la personne observée que le chirurgien
- Proust 465 - Là où la vie emmure, l'intelligence perce une issue
- Proust 465 - c'est le chagrin qui développe les forces de l'esprit
- Proust 465 - De ma vie passée je compris encore que les moindres épisodes avaient concouru à me donner la leçon d'idéalisme dont j'allais profiter aujourd'hui
- Proust 466 - la matière de mon expérience, laquelle serait la matière de mon livre, me venait de Swann | toutes les vies que nous aurions pu mener à la place de celle-là
- Proust 466 - C'est (et c'est une indication à ne pas vivre dans une atmosphère trop intellectuelle), parce qu'elle était si différente de moi, qu'elle m'avait fécondé par le chagrin
- Proust 466 - nous sentons que la vie est un peu plus compliquée qu'on ne dit, et même les circonstances. Et il y a une nécessité pressante à montrer cette complexité
- Proust 466 - seule la perception grossière et erronée place tout dans l'objet, quand tout est dans l'esprit
- Proust 466 - Le rêve était encore un de ces faits de ma vie, qui avait dû le plus servir à me convaincre du caractère purement mental de la réalité
- Proust 466 - c'était peut-être aussi par le jeu formidable qu'il fait avec le Temps que le Rêve m'avait fasciné | un des modes pour retrouver le Temps perdu
- Proust 467 - quand des impressions vraiment esthétiques m'étaient venues, ç'avait toujours été à la suite de sensations de ce genre
- Proust 469 - je découvrais cette action destructrice du Temps au moment même où je voulais entreprendre de rendre claires, d'intellectualiser dans une oeuvre d'art, des réalités extra-temporelles
- Proust 469 - On éprouve d'abord beaucoup de peine à se figurer que tant de temps ait passé et ensuite qu'il n'en ait pas passé davantage
- Proust 470 - un mystère presque aussi troublant que celui de la mort dont il est, du reste, comme la préface et l'annonciateur
- Proust 470 - n'ayant fait jadis que danser, l'art les avait touchées comme la grâce. Et comme au XVIIe siècle d'illustres dames entraient en religion, elles vivaient dans un appartement rempli de peintures cubistes
- Proust 473 - dès que Bloch apparaissait, la signification de sa physionomie était changée par un redoutable monocle
- Proust 474 - Les anciens assuraient que dans le monde tout était changé. Ils ne se rendaient pas compte de la courbe du temps
- Proust 475 - Bloch vient dans des salons où il n'eût pas pénétré il y a vingt ans. Mais il avait aussi vingt ans de plus. À quoi cela l'avançait-il ?
- Proust 476 - Car il y a entre nous et les êtres un liséré de contingences, comme il y en a un de perception et qui empêche la mise en contact absolue de la réalité et de l'esprit
- Proust 478 - 484 - Mlle de Saint-Loup | pleine encore d'espérances, riante, formée des années mêmes que j'avais perdues, elle ressemblait à ma jeunesse
- Proust 479 - on se figure que c'est grotesque, mais c'est peut-être magnifique | en écoutant l'actrice, chacun attendait que d'autres prissent l'initiative de rire ou de critiquer, ou de pleurer ou d'applaudir
- Proust 483 - Nous ne nous méfions pas des femmes qui ne sont pas « notre genre », nous les laissons nous aimer, et si nous les aimons ensuite, nous les aimons cent fois plus que les autres
- Proust 484 - Mlle de Saint-Loup était devant moi. Je la trouvais bien belle : pleine encore d'espérances, riante, formée des années mêmes que j'avais perdues, elle ressemblait à ma jeunesse
- Proust 485 - un tel livre | le créer comme un monde sans laisser de côté ces mystères, ce qui nous émeut le plus dans la vie et dans l'art
- Proust 485 - épinglant ici un feuillet supplémentaire, je bâtirais mon livre, je n'ose pas dire ambitieusement comme une cathédrale, mais tout simplement comme une robe | mes paperoles
- Proust 485 - 487 (FIN) - il était temps de commencer | écrire un tel livre | le créer comme un monde sans laisser de côté ces mystères | un livre aussi long que Les Mille et Une Nuits
- Proust 487 - comme des géants plongés dans les années à des époques, vécues par eux si distantes
- Proust 487 - C'était de cette soirée, où ma mère avait abdiqué, que datait, avec la mort lente de ma grand-mère, le déclin de ma volonté
- Proust 487 - c'était bien cette sonnette qui tintait encore en moi